L’histoire démarre avec un constat simple : “We all have skin. It comes in different colors. What color is your skin ? “ Les autrices invitent à observer sa propre peau, celle des personnes qui nous entourent. Elles expliquent que la différence de couleur vient de la quantité de mélanine, puis invite à décrire la couleur de sa peau avec ses propres mots. Progressivement, elles expliquent ce qu’est le racisme, qu’elles présentent comme une idée qui a été inventée un jour et qui est toujours racontée. Les subtilités du racisme y sont présentées, avec des situations que peuvent vivre les enfants, des injustices au racisme quotidien. Je suis très tentée de vous retranscrire tout le livre, tellement je le trouve merveilleux de simplicité et d'intelligence. Les autrices étant états-uniennes, tout n'est pas à traduire littéralement en français. Pour ma fille, je le lis en anglais et je traduis en français dans la foulée, avec probablement des erreurs et des biais. Mais au moins le sujet existe, et on peut en parler. Les pages cartonnées vous donneront l’impression qu’il est réservé aux enfants, mais je crois que c’est simplement pour être tournées, encore et encore, par les enfants qui apprennent, ou par les adultes qui croyaient savoir. Our Skin, A First Conversation About Race, de Megan Madison, Jessica Ralli et illustré par Isabel Roxas. Si vous êtes à Lyon, passez commande chez Damn Fine Bookstore et prévoyez de passer un petit moment dans le salon de thé, au fond. Découvrez aussi la version lue par l'une des autrices ici. Le gros mot qui commence par C…J’ai grandi dans les années 90, j’ai donc été abreuvée de “ta mère est tellement grosse…” Est-ce que ça vous parle ? C’était des insultes majoritairement grossophobes que les gamin·es se balançaient à la tronche comme on pouvait s’envoyer une boulette de papier mouillée dans un tube d’effaceur. Je n’arrive pas à me souvenir si cela me faisait rire ou non. J’avais déjà une préférence pour l’humour absurde mais peut-être que la mémoire sélective fait bien son travail. Aujourd’hui, j’ai complètement sorti les insultes qui engagent les mères, peut-être parce que je suis concernée maintenant. Mais il y en a une qui reste suspendue à mes lèvres, alors que j’ai très envie de l’oublier. Je l'entends souvent dans mon environnement, même dans les cercles féministes. C’est “connasse”. Comme l’explique Alice Pfältzer dans l’excellent livre “Garce, Hystérique et autres joyeusetés”, le mot “connasse” est à prendre en considération avec “con” et “conne”. A l’origine, il y a le “con”, du latin cunnus, qui signifie “gaine” ou “fourreau”, et qui désigne par extension le vagin. Oui c’est classe mais comme je ne suis pas historienne, je vous l’explique à la va-vite. Le terme con est devenu une insulte au XIXe siècle. Le vagin était “synonyme de bêtise, car considéré comme faible et impuissant”. En réalité, utiliser le mot “con”, c‘est répréhensible par la loi, mais il y a très peu de plainte pour injure. Et pourtant il y a quelque chose qui défoule dans la sonorité de ce mot. probablement la percutance du C en démarrage de mot, la traîne des “S” à la fin, avec le suffixe -asse qui rend toutes les insultes plus intenses. L’autrice suggère des alternatives à cette insulte sexiste : sous-merde ou charogne. Perso, pour retrouver la percutance du C, j’utilise plutôt saC à merde, ou raClure. Et vous, quelles sont les insultes sexistes que vous avez réussi à remplacer ? Relire 1984, ou pas !Pour finir, un roman qui fait aussi écho à mon adolescence : "Julia" de Sandra Newman. Parmi les romans que j’ai beaucoup lus étant ado, il y a eu 1984, de George Orwell. Ce monde totalitaire me fascinait, avec ses personnages dont la motivation était soit la domination pure, soit une tentative de fuir la domination, sans véritablement de porte de sortie. La Novlangue surtout m’avait interpellée. Ce qui ne se nomme pas, n’existe pas. C'était déjà important pour moi de nommer précisément les choses, les mécanismes et les idées. Aujourd'hui, à la lumière de mon travail dans l’inclusivité, c’est d’autant plus indispensable. Et Julia alors, ce personnage féminin dans le roman d’Orwell ? Je l’avais complètement oublié. C’est en voyant la couverture du roman de Sandra Newman, que je me suis rappelée de son existence. Julia, dans le roman d’origine, est un personnage secondaire, qui n’a pas de nom de famille. Elle sert à donner un peu de volume au personnage principal Winston Smith, mais je me souviens essentiellement d’elle comme d’un faire-valoir. Sandra Newman propose de revivre l’histoire de 1984, dans la peau de Julia. C’est une lecture enthousiasmante, car c’est comme revisiter un lieu familier, avec un éclairage supplémentaire. L’autrice crée une nouvelle dimension pour 1984, avec un personnage féminin plein de contradictions humaines, qui se questionne et qui vit des souffrances spécifiques aux femmes. Ici, il y a de la place pour les femmes en général, avec leurs différences de classes sociales, de couleur de peau aussi, même si c'est plutôt suggéré. Cela m'a beaucoup questionné sur l’invisibilisation des femmes dans les histoires que j'ai lues adolescente, période où j'ai construit plus consciemment ma vision du monde. Cela me donne presque envie de relire 1984, en alternant les chapitres avec Julia, pour reconstituer un roman choral. Sauf qu’en fait, Julia se suffit à elle-même. Cette histoire reprend toutes les thématiques de 1984, avec la dimension féministe en plus, ce qui, pour moi, la rend bien plus indispensable maintenant. Julia, Sandra Newman, Robert Laffon Bientôt je vous parle de ..."On ne nait pas mec" de Daisy Letourneur, bientôt en format poche (06/03/2025), donc si vous l'avez déjà lu, je serais preneuse de vos retours ! Extrait : “L’immaturité des hommes n’est pas un problème d’hormones, un syndrome de puberté tardive : c’est l'insouciance des dominants. Et cette idée selon laquelle les hommes mûrissent moins vite a pour fonction objective de justifier leur désinvolture et les faire bénéficier d’une forme d’impunité” Puis, je viens de passer la précommande et je l'attends avec impatience : Vous les asiatiques, de Linh-Lan Dao, Denoël, sortie le 19/03/2025
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Je forme les entreprises à changer pour devenir plus inclusives, plus conscientes des diversités actuelles et futures. Dans ma newsletter je donne des billes pour agir concrètement pour l'inclusion.
Ça se fait trop pas Parlons de ce qui fâche sans se fâcher J’ai rédigé ces mots un matin, au café Noze à Lyon, avec Mylène Farmer à fond dans les enceintes, les conversations des tables voisines et les crachotements de la machine à café. J’adore cette ambiance, mais cela me distrait parfois. Donc il y aura sans doute des coquilles et des incohérences, mais je ne suis pas en train de rédiger une thèse. Du moins c'est ce que je me dis pour arrêter de re-re-relire cette missive. Merci aux...
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Vos plans 2026 Pour transformer vos pratiques pros et parler d'inclusion sans faire lever les yeux au ciel Bonjour Reader ! Si jamais vous l'aviez remarqué, la newsletter de janvier n'a pas été envoyée. Elle est représentative de ma ligne édito : si je n'ai rien à dire, alors je ne dis rien. Même si ce n'était pas par manque de sujets, puisque janvier a été marqué par le lancement de mon parcours en 5 jours pour comprendre les microagressions. Les retours ont été très positifs et dans cette...