👀 Mais à qui vous parlez ?


On laisse le point médian tranquille.

S’adresser à tout le monde, c’est un choix éditorial et politique.

Ou comment la communication inclusive peut braquer tout le monde alors qu'on pensait bien faire.

📆 Agenda

C'est tout nouveau, je propose désormais des formations et des ateliers en inter-entreprises, c'est à dire que je vais me jeter dans l'angoisse des réservations de salles, des sessions qui ne se remplissent pas et de la communication frénétique et coupable sur les réseaux sociaux.

Heureusement je ne fais pas ça toute seule, j'ai la joie de collaborer avec des consœurs, dont Charlotte Joncour, de mÖbius.

"Ça se fait ou pas ?", l'atelier QVT

  • Vendredi 13 novembre de 14h à 17h
  • À Paris, 13e arrondissement
  • Gratuit
  • ​Inscription par ici ​

"Carto de la com inclusive" -> je vous en parle ci-dessous

"Animer des formations avec une pédagogie inclusive et non-discriminante : tout un programme !"

  • 10, 11 et 12 février 2027 de 9h à 17h
  • + session en visio le 13 mai 2027, de 9h à 12h30
  • À Limoges. Le lieu exact de la formation sera partagé prochainement.
  • Tarifs net de taxes : Particuliers 550€ - Pros et indé 950€ - Entreprises et OPCO 1350€
  • ​Pré-inscription ici​

☝️ Il n'y a pas que le point médian dans la vie

Mes mots pourraient vous froisser.

Heureusement, le froissage se défroisse.

Parce que je vais parler des mots que nous choisissons.
​

Si vous aimez écrire, vous vous reconnaitrez peut-être.
​

Vous aimez choisir vos mots, les plus précis possible.

Vous avez le sens de la formule, et vous en êtes plutôt fier·e.

Vous pouvez retravailler une phrase et obtenir 3 ou 4 versions, avant de revenir à la version d’origine.

Vous ressentez de la joie lorsque vous découvrez un nouveau mot, qui vous permet d’être encore plus précis·e dans vos formulations.
​

Et pour peu que vous y mettiez du coeur, que le résultat a de l’importance pour vous, c’est foutu.
​

Je vais probablement vous froisser.
​

Je travaille souvent avec des « communicant·es ». Des chargé·es de communication, des attaché·es de presse, des community managers, des rédacteur·ices etc. Leur quotidien, c’est de travailler les mots et les images pour que l’information « passe ».
​

Quand je leur parle d’inclusion en général, tout le monde est d’accord :

  • il faut plus d’actions pour inclure
  • il faut lutter contre les discriminations
  • c'est quand même incroyable qu'on ne comprenne pas que tous les gens soient égaux
    ​

Quand je leur parle d’inclusion dans la matière même de leur activité, c’est un peu moins évident :

  • « ah oui mais l’écriture inclusive ça fait militant·e »
  • « le point médian c’est illisible pour les personnes qui utilisent un lecteur d’écran » (c’est pas faux mais le problème n’est pas là
  • « l’écriture inclusive c’est moche » (comprendre : le point médian on en veut pas)
    ​

Oui mais alors oui mais non.
​

Quand on parle de communication inclusive, la tension se concentre rapidement autour du « féminin vs masculin vs neutre ».

Il y a un focus quasi instantané sur le genre. Et c’est vrai, il y a gros travail à faire pour décloisonner cette histoire d’inclusion.
​

Pour citer ma consœur Alicia Birr de re·wor·l·ding :
​

« Le langage inclusif, meilleur sujet de conversation : tout le monde a un avis, mais personne ne sait vraiment ce que c’est. »

Je vous invite d'ailleurs à aller télécharger ses posters gratuits, c'est une bonne base de discussion à la maison ou au bureau.

Repartons de l’exclusion
​

Parler d’inclusion sans jamais évoquer l’exclusion, c’est se voiler la face.

Donc commençons par l’exclusion.
​

De qui parle-t-on ?

Qui est-ce qu’on exclut actuellement dans les communications ?

Comment on fait pour exclure alors qu’on veut juste s’adresser au plus grand nombre ?
​

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de voir une affiche publicitaire, de la lire intégralement, avant de vous dire, ah tiens, c’est plutôt adressé à une autre cible que moi ?
​

Généralement, vous le faites sans même vous en rendre compte.

Il y a tellement d’infos que vous faites le tri automatiquement, et vous ne retenez pas ce qui ne vous est pas adressé.
​

Sauf si le contenu vous choque.
​

L’autre jour, dans le métro à Paris, je vois cette affiche.

Un homme blanc d’une trentaine d’année, tient dans ses mains une chaussure (ou une chaussette je sais plus). L’air désemparé, il regarde la caméra et semble coupé dans sa tentative de communication avec sa conjointe : « Chérie, t'aurais pas vu ma deuxième chauss… »
​

Sous cette phrase, une statistique censée nous faire bondir : « 76% des femmes déclarent porter l'essentiel de la charge mentale dans leur foyer. »
​

Jusque-là, pourquoi pas, on se dit que la pub pourrait s’adresser aussi bien aux hommes qu’aux femmes, sur un sujet hautement brûlant dans la majorité des couples que je connais. On rigole gentiment des hommes, on donne une statistique qui rappelle l’inégalité entre femmes et hommes.
​

Et la ligne du dessous :

"Osez déléguer."

En gras.

Et en souligné.
​

Il s'agit d'une publicité pour une agence de services à domicile, qui propose de se débarrasser de cette « charge mentale » et de la « déléguer » à quelqu’un d’autre.
​

Cette campagne a été signalée sur la plateforme Observatoire Citoyen de la Publicité, très chouette initiative d'ailleurs, que je vous invite à découvrir.

Il y a eu un article Libé que je n'ai pas lu par parce que non-abonnée et des réactions sur les réseaux sociaux que je n'ai pas suivis. (Oui je vis dans une grotte)
​

On peut s'offusquer de plein de choses dans cette représentation stéréotypée, notamment de banaliser le fait que "les hommes sont des bébés", ce qui, soit dit en passant, n'est plus drôle depuis... euh, toujours en fait.

Cette campagne s’adresse clairement à des femmes qui ont les moyens financiers de « déléguer » des tâches. Si elle s’était adressée aux hommes, avec la même finalité mercantile, l’accroche aurait été différente, l’argumentaire aussi.
​

Ici, je ne lance pas le débat pour savoir s’il faut ou non engager des femmes ou des hommes de ménage.

La démarche douteuse de cette pub, c’est de faire semblant de révéler une inégalité entre les femmes et les hommes, pour proposer une solution qui renforce d’autres inégalités et d'autres stéréotypes par ailleurs.
​

Je vous partage un extrait du webdoc Liberté, Inégalités, fraternité, par l’Observatoire des Inégalités : https://jeunes.inegalites.fr/liberte-inegalites-fraternite :
​

« Une multitude de personnes travaillent dans l’ombre à l’épanouissement d’autres personnes. Que ce soient les femmes et les hommes de ménage qui vont nettoyer les bureaux très tard le soir ou très tôt le matin […]. La plupart du temps, ces personnes travaillent pour des salaires très faibles qui ne compensent pas la pénibilité physique de leur travail. »

Évidemment, en fonction du vécu de chaque personne, cette pub aura un écho différent. Pour ma part, beaucoup de femmes dans ma famille ont vécu en faisant le ménage pour des familles aisées ou dans les entreprises. Donc cette affiche m'a vraiment giflée pour cette raison.
​

Il n’y a pas que le genre.
​

Finalement c’est quoi une communication excluante ?

(Attention j’ai eu 5 de moyenne en philo et on n'a pas 4 heures devant nous)
​

Sans aller chercher très loin, si je vous dis que :
​

« J'ai cartographié un premier macro-process mais rien ne vaut un gemba walk pour affiner »
​

ou alors

« Le client a demandé la RQTH et l’attestation d’AAH des travailleurs mis à disposition mais l’ESAT dit que ce n’est pas nécessaire pour la DOETH. »
​

Y a du jargon, y a pas d’explications.

En fait, ça vous soûle, et vous avez envie de lire autre chose.

Clairement, ces phrases pourraient avoir un sens, mais elles ne vous sont pas adressées.
​

Dans l’angle mort de nos communications, il y a plein de choses :

  • le jargon qui écarte les personnes non initiées
  • les acronymes (LADAPT) ou les sigles (MDPH)
  • les mots complexes et les phrases ampoulées qui rebutent les personnes qui ont du mal à lire ou à comprendre
  • les représentations stéréotypées qui renforcent le sentiment d’exclusion
  • l'essentialisation
  • les textes longs, l’absence de titres ou de repères, qui alourdissent la charge cognitive
  • etc.
    ​

Il n’y a pas que les mots
​

Dans la communication, il y a les mots, mais il y a aussi le visuel, le support etc.
​

Connaissez-vous le alt-text (ou texte alternatif) ?

C’est le texte descriptif d’une image qui est dans le code d’une page web. C’est utile pour les personnes malvoyantes ou aveugles qui utilisent un lecteur d’écran, et utile pour tout le monde si l’image ne se charge pas. C’est dans tous les CMS (content management system) comme Wordpress, et aussi sur les réseaux sociaux.
​

Saviez-vous que les carrousels sur Linkedin ou Instagram, même en PDF, sont difficilement accessibles aux personnes en situation de handicap visuel ?
​

Que certains couleurs, quand elles sont associées, devenaient totalement illisibles pour certaines personnes ?
​

Connaissez-vous le pouvoir de la micro-rédaction ? C’est l’art de la rédaction de textes courts et stratégiques pour guider les utilisateurices d’une interface, comme le texte des boutons d’appel à action ou le texte donné à titre d’exemple dans les champs des formulaires.
​

Savez-vous que Youtube pouvait éditer vos sous-titres automatiquement ? Certes il faut les reprendre, mais c’est généralement ok à 90% (de mon expérience) sauf pour les noms propres.

Mais vous n’avez plus qu’à exporter le fichier en .srt et l’utiliser comme voulvoul, sur une autre plateforme.
​

Toutes ces « petites choses », je les ai listées pour donner des tips aux communiquant·es que j’accompagne ou que je forme.
​

Au final, j’en ai une bonne liste, donc j'ai créé une cartographie de la communication inclusive, sous forme de macro-processus, donc de grandes étapes de la création.

Ce nom est très peu créatif, mais il a l’avantage de couvrir plusieurs aspects de ce qu’on appelle la communication inclusive.
​

La « Carto de la com inclusive » est un atelier de sensibilisation à la communication inclusive, en tout cas la moins discriminante possible. Vous y apprendrez des trucs et vous transmettrez aussi vos trucs.
​

Je lance les ateliers en 2027 et pour vous permettre de tester, j'ouvre une session le vendredi 11 décembre à Paris. C'est gratuit sur inscription.

Intéressant·e

Oui j'ai renommé la rubrique Lu/vu/partagé parce que j'étais très fan d'une émission sur Arte qui s'appelait comme ça.
​

Merci de m'avoir lue !
​

Juliette Phuong

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Hey ! C'est Juliette

Je forme les entreprises à changer pour devenir plus inclusives, plus conscientes des diversités actuelles et futures. Dans ma newsletter je donne des billes pour agir concrètement pour l'inclusion.

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